BTP, industrie, collectivités, corps d’Etat, luxe, distribution, hôtellerie, restauration, transports, start-up, la tenue professionnelle est partout ! On distingue trois catégories d’uniformes : les vêtements de protection (Equipements de Protection Individuel), les vêtements de travail standards (bleus de travail) et les vêtements d’image (uniformes tel qu’on l’envisage). Et chaque uniforme a sa fonction, parfois indissociable de la profession concernée. Petite histoire d’un vêtement qui sait se réinventer.

Il faut remonter au 14ème siècle pour trouver les premiers uniformes professionnels. Enfin, on ne parle pas encore d’uniformes. Les premiers exemples sont en effet observés chez les employés des maisons des nobles en Europe. Les tenues sont au préalable relativement identiques à celles des militaires de l’époque, c’est-à-dire sombres et surmontées d’une insigne. L’uniforme représentait la fortune de la maison. Il en allait donc de la réputation du maître.

Si les employés des maisons des nobles revêtaient un uniforme, celui ne caractérise pas encore un groupe professionnel dans son ensemble. Il n’y a pas encore de normes et le choix de l’uniforme appartient seulement au maître de maison. Il faudra attendre le 17ème siècle et les services postaux prussiens pour que l’uniforme habille tout un groupe. Les facteurs prussiens vont porter des uniformes avec différentes insignes pour distinguer les grades et les fonctions, mais surtout pour montrer que la Prusse est un pays moderne et prospère. Néanmoins, en réalité, ce sont plus des uniformes d’Etat que des uniformes professionnels. En somme, il s’agit d’un entre-deux entre l’uniforme militaire et l’uniforme civil. Pas encore de conception d’un vêtement de travail, fait pour le travail, à proprement parler donc.

Le bleu de travail : protéger des salissures

Les temps changent au moment de la Révolution industrielle. C’est à ce moment que la conception du vêtement professionnel apparaît avec le « bleu de travail ». Associé à la protection des travailleurs, sa fonction première est de les protéger des salissures. Au 19ème siècle, la couleur bleue est utilisée car elle symbolise la couleur du monde ouvrier.  De plus, elle est peu salissante et se nettoie facilement. Enfin, le bleu était aussi à l’époque une couleur facile et peu couteuse à produire. A l’inverse, les supérieurs hiérarchiques portent des blouses blanches ou grises. C’est de cette distinction que sont restées les expressions « cols bleus » pour désigner les ouvriers et « cols blancs » pour parler des cadres et dirigeants.

Le bleu de travail, considéré comme le premier vêtement de travail, est foncièrement lié à la Révolution industrielle. Et il se généralise vite à mesure que le nombre d’ouvriers augmente et que les usines croissent. Au départ, le bleu de travail est une blouse avec une ceinture qui se transformera en veste à laquelle s’ajoutera un pantalon. L’objectif est ici d’en faire un vêtement pratique grâce à ses nombreuses poches. Niveau matière, c’est le coton, un tissu lourd et épais, qui est privilégié car le bleu de travail doit être très résistant (et confortable).

Le classique bleu de travail, plus de deux siècles après son apparition

Au 19ème siècle, l’idée est également de dissocier le temps du loisir et le temps du travail. Et l’architecture vestimentaire participe clairement à une architecture intellectuelle. Autrement dit, être en bleu de travail implique un certain conditionnement au travail. La sphère du travail se distingue alors de la sphère privée.

Aujourd’hui, le bleu de travail est toujours très présent dans les usines bien que les tendances ont changé. Les tenues ont notamment évolué en termes de couleurs si bien que les entreprises adaptent souvent le bleu de travail traditionnel aux couleurs de l’entreprise avec le logo. Les fabricants de vêtements professionnels fournissent également davantage d’efforts dans la confection des habits pour leur donner une touche plus moderne. Mais également, ils sont attentifs à apporter toujours plus de sécurité aux professionnels exposés en particulier aux risques sanitaires, de sécurité ou thermiques. Il existe d’ailleurs de nombreuses normes françaises et européennes visant à encadrer le port de vêtements spécifiques à chaque profession. L’utilisation d’un vêtement professionnel se retrouve aussi dans d’autres secteurs d’activité que l’industrie, pour un usage différent.

Uniformes professionnels : une logique de distinction et de marqueurs sociaux

Le 19ème siècle voit aussi la structuration de l’Etat-nation. A l’Etat, en tant qu’organisation politique, se juxtapose une nation, à savoir des individus qui se considèrent comme liés à un même groupe, notamment à travers une histoire ou une culture commune. Cet Etat-nation va donner des uniformes professionnels à tous les fonctionnaires d’Etat. Une société bourgeoise se développe dans les corps de l’Etat et elle revêt l’uniforme, une façon de se distinguer des nobles parce qu’elle gagne son argent par le travail.

Mais les nobles n’ont pas dit leur dernier mot. Au cours du 19ème siècle, une espèce de prêt-à-porter se met en place. La conscience de classe qui marque l’uniforme devient dès lors plus floue et l’uniforme va venir compenser une perte de statut. Certains employeurs iront même jusqu’à fournir plusieurs uniformes à leurs domestiques en fonction de l’heure de la journée. L’uniforme revêt deux objectifs : l’exercice du métier et la distinction sociale. A savoir laquelle des deux l’emporte dans ce contexte…

Dans un fast food asiatique aux couleurs jaune et rouge !

Avec le temps, cette logique de distinction et de marqueurs sociaux va se répandre à de nombreuses professions. Aujourd’hui, le port d’uniformes professionnels s’est étendu pour répondre à de nouveaux besoins : représentation de l’image d’une marque ou d’une entreprise, valorisation du salarié, création d’un sentiment d’appartenance à une entreprise… L’uniforme n’est plus seulement pratique mais il est une question d’image. Il revêt une importance particulière dans les secteurs de la restauration, de l’hôtellerie, de l’accueil ou de l’esthétique.

Il semblerait qu’à chaque profession, la fonction de l’uniforme diffère sensiblement. Pour la restauration, l’uniforme sert à montrer l’hygiène de l’établissement et est un signe de confiance. Le polo et/ou le tablier dans la boulangerie et la pâtisserie remplissent aussi la même fonction. Quant aux mondes du parfum, de la coiffure, de l’esthétique ou de la beauté, ils vont adopter le noir car il est la couleur du luxe et du chic. Il est donc question d’image pour ces professions. L’uniforme stricte de l’hôtellerie vise à montrer le sérieux et la respectabilité de l’établissement. Dans les fast-food, les serveurs adoptent le plus souvent un polo et une casquette aux couleurs de la marque. Logo compris. Les vêtements sont utilisés à des fins publicitaires et participent à renforcer l’esprit d’équipe.

Uniformes professionnels : un bel avenir ?

La première tendance qui touche l’uniforme professionnel est la simplification. Traditionnellement, le style de l’uniforme professionnel s’inspire de l’armée et du complet trois pièces : pantalon, chemise et veste. Les jupes et les talons pour les femmes sont parfois de rigueur, bien que l’univers de la basket remplace progressivement celui des talons (sauf peut-être dans l’accueil, l’évènementiel et dans les compagnies aériennes où l’hôtesse joue le rôle d’une vitrine). Mais, de manière générale, l’uniforme professionnel s’est aujourd’hui simplifié. La chemise a été remplacée par le tee-shirt dans de nombreux milieux, voire certaines professions allègent l’uniforme. Le cas des vendeurs et des coiffeurs est intéressant. Ils portent de moins en moins la couleur noire au profit de la couleur de leur marque, voire ils n’ont plus qu’un badge avec leur prénom. Une plus grande personnalisation est donc à l’oeuvre.

Les célèbres uniformes des hôtesses de l’air d’Air France

L’uniforme devient également plus stylé. A la protection et au confort, s’ajoute une touche plus mode aux uniformes professionnels. L’évolution des morphologies et des mentalités ont contraint les fabricants de vêtements de travail à repenser leurs patronages. Et on trouve de plus en plus de femmes dans les secteurs de l’industrie, du bâtiment et de la restauration. Il a donc été question de travailler les patrons en développant le style. Car l’allure est importante sur le lieu de travail et que le vêtement est à l’image du lieu via la personne qui le porte. Si le vêtement de travail est toujours plus fonctionnel et confortable, il devient en même temps moins stricte et tendance. C’est notamment l’explosion des tenues sportswear et streetwear dans la société qui influence les tenues professionnelles.

Face à la simplification et à l’influence de la mode, l’uniforme professionnel, tel qu’on l’entend, ne risque-t-il pas de disparaître ? Ce n’est pas si évident. Déjà parce que les travailleurs auront toujours besoin des EPI (équipement de protection individuel) et des vêtements de travail standard de type bleu de travail. Et ce marché du vêtement professionnel est un secteur dynamique et représente un marché colossal. En France, on comptait une cinquantaine de PME l’année dernière et un chiffre d’affaires global de 600 millions d’euros, majoritairement réalisé en B to B.

Et ces PME cherchent toujours à innover en matière d’uniformes. Elles sont déjà engagées en faveur du développement durable depuis plusieurs années. Frédéric Jacquart, directeur commercial de Timberland Pro, explique : « Celle [l’industrie] du vêtement professionnel ne s’est pas jetée à bras ouverts dans la course de l’hyper consommation. Bien au contraire, dès ses débuts, le secteur a produit des vêtements résistants, techniques, durables, que les clients utilisent coûte que coûte. En matière de slow fashion et d’upcycling, elle est loin d’être à la traîne. C’est même son business model. En effet, en règle général, seuls 10 à 12% des produits du catalogue sont renouvelés chaque année ». Les industries textiles développent également des tissus toujours plus techniques. Parmi eux, des textiles intelligents dotés de micro-processeurs sont explorés. Les nouvelles technologies et l’hyper-connectivité ne sont pas en reste dans l’avenir du vêtement professionnel…

Aujourd’hui, l’uniforme s’invite aussi dans les start-up, toujours plus nombreuses à proposer à leurs salariés un vestiaires de pièces signées aux couleurs de la maison. L’ambition : créer une conscience collective dans un univers chaleureux où tout le monde est égaux. Et cela a séduit beaucoup de start-up. Voyez comment Alma Paris peut aider votre Startup à créer son univers par les tenues que ses collaborateurs portent.

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