Si le royaume de l’uniforme scolaire est l’Angleterre, il s’est largement exporté dans le monde entier. Il est parfois l’héritage d’une histoire coloniale (britannique en grande partie), d’autres fois lié à un régime politique dictatorial, et est souvent d’inspiration militaire. Obligatoire ou non, l’école est l’endroit où l’on porte le plus l’uniforme. Unité, patriotisme, nationalisme et conformité : tels sont les termes qui reviennent au sujet de l’uniforme avec l’idée – pas si inébranlable – que l’uniforme gommerait les inégalités sociales. Petit tour du monde des uniformes scolaires.

De tous les uniformes, militaires, professionnels (hôtellerie, restauration…), tendance mode, il est le plus porté. L’uniforme scolaire, obligatoire ou non, est le plus diffusé dans le monde. Et le premier uniforme scolaire est anglais. En effet, c’est l’Angleterre qui est le premier pays au monde à l’avoir instauré. Il apparaît pour la première fois au 16ème siècle dans les Charity school (« écoles de charité »), également appelé Blue coat school  (« écoles des manteaux bleus ») car les élèves portaient une redingote bleue, couleur assimilée à l’honnêteté, et donc à la charité. Ces écoles étaient des écoles primaires qui enseignaient aux enfants pauvres les rudiments indispensables de l’éducation. C’est la contribution volontaire des habitants de la paroisse qui permettait cette éducation.

La toute première Charity school est la Christ’s Hospital School, fondée par le roi d’Angleterre Edouard VI en 1552. Elle existe d’ailleurs toujours aujourd’hui et a servi d’inspiration au château de Poudlard dans les romans Harry Potter. En 2011, les 800 élèves de l’école étaient appelés à voter pour ou contre le maintien de l’uniforme original de l’école et ils se sont prononcés « pour » à 95%. Pas question donc de se dévêtir de ses uniformes scolaires pour la Christ’s Hospital School.

Aujourd’hui, l’uniforme scolaire anglais s’est étendu à pratiquement tous les établissements publics et privés au point de devenir une tradition bien ancrée dans la culture britannique. C’est en Grande-Bretagne et en Irlande où se concentrent le plus d’élèves qui portent un uniforme. 80% des élèves britanniques du primaire et 98% dans le secondaire portent l’uniforme. Et les uniformes scolaires se sont répandus dans de nombreux pays du monde au moment de l’Empire colonial britannique (Canada, Australie, Inde, Kenya, Singapour…).

Uniformes scolaires anglais

Le cas de l’Inde est intéressant. En bon héritier de la colonisation britannique, l’uniforme scolaire y est obligatoire et chaque école indienne possède sa propre tenue. Mais surtout, l’Inde est le pays spécialiste des uniformes. Et pour cause, les uniformes scolaires du monde entier sont fabriqués en Inde. Les usines de fabrication des uniformes fournissent bien entendu l’Inde, dont les écoles ont parfois un uniforme différent selon les jours de la semaine, mais elles exportent dans les pays du monde entier : Espagne, Israël, Chypre, Kenya, etc. Et chaque pays a ses exigences, notamment en matière de tissus. Le Congo est par exemple très demandeur de polyester, l’Espagne aime les couleurs vives, ou encore l’Europe mise sur la qualité des tissus et une meilleure teinture.

Et l’Inde et les pays à héritage colonial britannique ont peut-être eu raison de garder l’uniforme. Il semblerait en effet que c’est dans les pays où l’uniforme est obligatoire que l’on a les meilleures notes. C’est en tout cas ce que deux chercheurs de l’Université de Sidney en Australie ont montré en 2015 dans une étude, nourrie des données de l’enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) de l’OCDE. Non seulement, les établissements scolaires mettant en oeuvre un uniforme se distinguent par un meilleur climat d’étude, mais aussi cette qualité du climat d’étude se traduit directement en performance académique. L’uniforme scolaire n’est bien sûr pas la cause directe de ces constats mais il participe indirectement à favoriser un climat plus studieux encourageant le succès des élèves. Qui a dit que l’habit ne faisait pas la réussite ?

Uniformes scolaires : un fort héritage militaire

De nombreux pays vont ensuite s’inspirer du modèle anglo-saxon. C’est notamment le cas au Japon où l’uniforme a été mis en place à la fin du 19ème siècle lors du programme de modernisation du pays sous l’ère de Meiji. Ce choix a par ailleurs été fait pour améliorer le système éducatif. Et il ne s’est pas seulement inspiré du modèle britannique mais aussi des uniformes militaires, notamment de l’armée prussienne pour celui des garçons et de la marine occidentale pour celui des filles. Le port de l’uniforme est obligatoire dans toutes les sections des établissements privés et publics. Le « sailor fuku », nom de l’uniforme scolaire des japonaises, a depuis dépassé sa seule fonction d’uniforme scolaire puisqu’il cartonne sur les réseaux sociaux (#sailorfuku), notamment auprès des fans de manga. Il est l’un des plus emblématiques du Japon.

En Chine, l’uniforme scolaire est davantage d’inspiration militaire. Les élèves chinois portent le même uniforme. Et ces règles valent depuis plus d’un siècle. En Chine, l’uniforme est signe d’unité et de discipline. Et ce, en particulier dans les écoles de l’armée rouge qui existent depuis 2007. Dans les cours d’éducation physique, les élèves remettent même l’uniforme militaire pour « découvrir » ce que c’est que d’être un soldat. Mais derrière cette tradition immuable de port de l’uniforme, de profondes évolutions sont à l’oeuvre et l’uniforme reflète les mutations de la société chinoise : développement économique et social, et transformation technologique. En effet, dans certaines régions, l’uniforme est connecté au moyen d’une puce électronique. L’alarme sonne ainsi en cas d’école buissonnière et des capteurs détectent le manque d’attention des élèves en classe en envoyant une alarme. Le tout est évidemment associé à un système de reconnaissance faciale…

Uniforme scolaire chinois, avec puce intégrée…

Des pays ont quant à eux abandonné l’uniforme scolaire car il était associé à une dictature militaire. En Italie, il est assez rare de porter l’uniforme dans les écoles car il est associé aux jeunesses fascistes italiennes. Cependant, jusque dans les années 1970, les filles devaient encore porter un uniforme, appelé « grembiule » (sorte de tablier). Le grembiule servait en réalité à cacher le corps des femmes et à éviter de distraire les hommes. Ce vêtement a plus tard été aboli dans les années 1960 lors de la révolution sexuelle. Mais, il a également été aboli car il rappelait la période fasciste.

Pareillement, l’uniforme scolaire était courant en Allemagne avant la seconde guerre mondiale mais a été abandonné entre 1980 et 1990 car il était associé aux uniformes nazis, en particulier à ceux de la jeunesse hitlérienne. Tout comme en Italie et en Allemagne, la Russie avait instauré un uniforme scolaire lors de la période totalitaire. L’uniforme était très stricte et évoquait ouvertement le système soviétique. Après avoir été abandonné dans les années 1990 au moment de la fin de l’URSS, l’uniforme scolaire est néanmoins de retour en Russie. Il est toutefois moins stricte, un code couleur est à respecter en fonction de son école.

Des élèves uniformément conformes ?

Il existe l’idée selon laquelle l’uniforme obligatoire gommerait les inégalités sociales. C’est en tout cas le principal argument des gens qui se positionnent pour le port de l’uniforme dans les écoles. Mais, à l’inverse, parce qu’il est distinctif et est largement utilisé pour créer un sentiment d’appartenance – et de distinction sociale – , n’exacerberait-il pas plutôt les inégalités sociales ?

Les exemples suisse et français où l’uniforme n’est pas obligatoire résument bien ce vieux débat. Si l’uniforme n’est pas obligatoire en Suisse, il est en revanche très répandu dans les écoles d’excellence et les internats en signe de distinction sociale. C’est le cas de l’école internationale Lemania-Verbier où l’on porte l’uniforme scolaire : pantalon gris et polo blanc. La Suisse est réputée pour ses écoles privées de l’élite mondialisée. Ici l’uniforme est un habit de prestige qui ne sert pas à ce que tous soient égaux mais bien à ce que les plus riches soient différenciés.

En France, l’uniforme a aussi sa place mais est sujet à débat. L’uniforme arrive en France au 17ème siècle, d’abord dans les milieux militaires. Il est imposé par l’ordonnance de Louvois en 1667. Le concept gagne du terrain et dès le Premier Empire, Napoléon va l’imposer à tous les officiers et fonctionnaires. Quant au milieu scolaire, l’uniforme arrive au 18ème siècle dans certains collèges privés avec l’idée qu’il renforce la discipline et le respect de la hiérarchie. Ces collèges proposent, la plupart du temps, un internat et ce nouveau modèle va largement s’étendre au reste du pays. Situés dans les grandes villes, ces pensionnats privés accueillent une minorité d’enfants appartenant plutôt aux classes aisée.

Les uniformes obligatoires dans les écoles Tunon en France

D’ailleurs, du 18ème au 20ème siècles, le style de l’uniforme scolaire français est lui aussi d’inspiration militaire. L’uniforme des lycées du Premier Empire devient le modèle de l’uniforme scolaire du 19ème siècle. C’est Napoléon qui instaure l’uniforme (bleu céleste) en même temps qu’il institue les lycées. L’uniforme est accompagné d’un chapeau rond jusqu’à l’âge de 14 ans et d’un chapeau français (bicorne) au-delà. Les boutons sont en métal jaune, ils portent l’inscription « lycée » suivi du nom du lieu. L’uniforme est donc très réglementé. Mais, l’uniforme obligatoire en France dans les écoles publiques et laïques n’a jamais existé. Quelques établissements publics ont demandé à leurs élèves de porter un uniforme mais il s’agit toujours d’initiatives privées et personnelles. Et bien souvent, ce sont des établissements riches et sélectifs. 

Vêtement, couleur et logo spécifiques sont tout autant d’éléments permettant de se différencier. L’uniforme scolaire, dans la plupart des pays, n’est pas identique d’une école à l’autre. Car les établissements souhaitent créer la cohésion avec un même uniforme, tout en se distinguant des autres. A cet égard, l’uniforme en réponse aux inégalités sociales et au consumérisme n’apparaît pas si égalitaire que ça.

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